Le jour où j’ai rencontré Mike Horn

par | 21 Avr 2017 | Te Araroa | 3 commentaires

Vendredi 21 avril 2017, voilà 8 jours que j’ai terminé ma traversée de la Nouvelle-Zélande à pied et atteint Bluff, la fin du Te Araroa. Après quelques jours de repos et de retrouvaille avec d’autres randonneurs, je décide de me rendre à Dunedin, une petite ville universitaire au sud-est de l’Île du Sud pour y passer quelques jours.

 

Il est environ 17h30 lorsque je vais me promener le long des quais. Le vent provenant de la mer souffle doucement dans les branches des arbres et le coucher de soleil a peint en rose le ciel recouvrant la péninsule d’Otago. Je marche le long du bord de mer en observant les différents bâtiments qui m’entourent. Magasins, entreprises et hangars, le port de Dunedin n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler un incontournable. Au détour d’un hangar cependant, un voilier attire mon attention. Ce n’est pas vraiment le voilier en lui-même, mais le nom du sponsor imprimé en gros sur la coque qui m’arrête. Mercedes Benz. Tiens, c’est marrant, Mercedes Benz, c’est un des sponsors de Mike Horn.

 

Mike Horn, c’est le plus grand aventurier du 21e siècle. En 1997, il devient le premier homme à descendre les 6700 kilomètres de l’Amazone en hydrospeed. En 2000, il est le premier homme à accomplir le tour de la Terre le long de l’équateur, soit 40 000 kilomètres, sans moyen de transport motorisé. En 2004, il effectue en solitaire et sans moyen de transport motorisé un périple de plus de 20 000 kilomètres autour du cercle polaire et décroche à cette occasion le record de la traversée du Groenland en 15 jours. Mike Horn, c’est la Rolls-Royce de l’aventure ! C’est également une de mes plus grandes sources d’inspiration pour ma traversée de la Nouvelle-Zélande à pied. D’ailleurs, il est actuellement en train de réaliser sa nouvelle expédition Pole2Pole à bord de son voilier Pangaea et doit passer par la Nouvelle-Zélande.

 

Je reviens sur mes pas et me rapproche pour lire le nom inscrit à l’avant de la coque du voilier. Pangaea. Impossible ! Serait-ce le voilier à bord duquel Mike Horn est en train de faire le tour de la Terre en passant par le Pôle Sud et Nord ?! Un grillage fermé à l’aide de cadenas m’empêche d’accéder au quai auquel est amarré l’objet de ma convoitise. Qu’à cela ne tienne, je fais le tour du hangar adjacent au quai et découvre alors une porte grillagée ouverte me menant directement au bateau. Alors que je me rapproche, je découvre l’inscription « Pole to Pole » à l’avant de la coque et l’inscription « www.mikehorn.com » imprimée en gros à la verticale sur l’un des mâts du voilier. Plus aucun doute, il s’agit bien du bateau de Mike Horn !

 

Alors que deux enfants d’environ 5 ans jouent gaiement sur le pont du bateau, un groupe d’adultes que je n’arrive pas bien à discerner semble discuter à l’intérieur du poste de pilotage. Un homme d’environ 40 ans sort du bateau et je profite de l’occasion pour lui demander si c’est bien le bateau de Mike Horn. Je veux juste m’assurer que je ne suis pas en train de rêver. Il me confirme que c’est bien son bateau. Je lui demande alors si l’aventurier est dans les environs. Il me répond que non. Cependant, mon instinct me dit que cet homme ne me dit pas toute la vérité et que Mike Horn ne laisserait jamais son bateau ainsi. Je décide donc de continuer à observer le voilier en attendant un peu. Au bout de quelques minutes, un autre adulte sort du poste de pilotage et se dirige vers la poupe pour expliquer aux deux enfants à quoi sert le bateau à moteur accroché à l’arrière. À ce moment, mon sang ne fait qu’un tour. C’est lui. C’est Mike Horn ! En personne. Le seul. Le vrai. L’unique ! Je n’arrive pas à y croire. Je m’approche alors de l’arrière du voilier et il remarque ma présence. Je me présente et lui explique que je suis un grand admirateur de ses exploits. Le sourire aux lèvres, il quitte son bateau, monte sur le quai et vient me serrer la main.

 

À ce moment, c’est l’anarchie dans ma tête. N’arrivant tout simplement pas à traiter l’information selon laquelle je suis en train de rencontrer l’un de mes plus grands héros pendant l’une de ses aventures, mon cerveau rationnel se met alors en état d’alerte et, pour une raison inconnue, se concentre sur des détails totalement inutiles comme « Tiens, c’est marrant, Mike Horn est plus petit que moi ! ». Du moins en taille. Nous commençons à discuter. Il me détaille les prochaines étapes de son périple et je lui explique que je viens de finir la traversée de la Nouvelle-Zélande à pied en utilisant le moins de moyens de transport motorisés possible. Je lui explique aussi que ce sont en grande partie ses aventures qui m’ont inspiré à me lancer dans la mienne. Je le remercie d’être l’homme qu’il est et je lui dis qu’il faut qu’il continue à inspirer les gens par ses exploits. Le monde a besoin d’hommes comme Mike Horn. Il me remercie en plaçant sa main droite sur son cœur et nous nous quittons sur une dernière poignée de main chaleureuse.

 

Je me dirige alors de l’autre côté du hangar que j’avais contourné pour accéder au quai et m’assure d’être hors de vue pour laisser exploser ma joie et lâcher un énorme « Wahou ». Tellement énorme que Mike et le reste des personnes présentes dans le quartier à ce moment-là ont forcément dû l’entendre. Incroyable ! Par le hasard le plus incroyable, je viens de rencontrer celui dont les aventures ont eu un impact décisif sur le cours de ma vie. À vrai dire, est-ce vraiment un hasard ? Il y a plus d’un an de cela, j’ai décidé de suivre mes intuitions pour me lancer sur le chemin de mon épanouissement personnel et réaliser un rêve : traverser la Nouvelle-Zélande à pied sur 3000 kilomètres en utilisant le moins de moyens de transport motorisés possible. J’ai quitté ma cage dorée, annoncé ma démission et abandonné la sécurité de ma situation pour me retrouver au pied d’un phare à l’autre bout du monde et me lancer dans une aventure de 156 jours aux conséquences imprévisibles. Au cours de cette aventure, j’ai marché 3000 kilomètres sur du sable, du bitume, de la roche, de la terre, dans des rivières et de la boue. J’ai pleuré de désespoir et de bonheur. J’ai vu des paysages sublimes et enduré de nombreuses douleurs, dont une blessure au poignet qui m’a valu un allez simple à l’hôpital en hélicoptère.

 

Mais j’ai persévéré.

 

J’ai rencontré des personnes magnifiques qui m’ont aidé, accueilli, fait rire ou accompagné. Et surtout, j’en ai appris plus sur moi, sur ce qui importait le plus à mes yeux et me rendait heureux que jamais auparavant. Alors était-ce vraiment un hasard qu’aux termes d’une telle aventure, je rencontre celui qui m’a tant inspiré ? À vrai dire, je ne crois pas que cela soit un hasard. C’est un signe, un clin d’œil de la vie qui me dit que j’ai eu raison de suivre mes intuitions et de me lancer dans mon aventure.

 

Et ce n’est qu’un début !

Et vous, qu’attendez-vous pour vous lancer dans votre propre aventure et explorer le chemin de votre épanouissement personnel ?

« Quand on veut une chose, tout l’Univers conspire à nous permettre de réaliser notre rêve. »

Paulo Coelho, l’Alchimiste

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